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Homeworknow Ecole Classique

Lors de notre séjour à Tours, nous avons prévu 3 rencontres fort différentes. Nous n’avons pas souhaité en faire d’article à part entière. On recoupera la matière qu’on en retire avec d’autres initiatives similaires pour croiser les points de vue et les expériences.

Tours est une jolie ville mais, malgré son potentiel, beaucoup trop calme à notre goût. On nous raconte que la ville, un peu endormie entre les bras du Cher et de la Loire, est à l’image des eaux qui la traversent,  calme et sans trop de remous, une ville qui ne fait pas de vague ancrée dans la même atmosphère de petite bourgeoisie provinciale captée par les romans de Balzac.

 

  • 1 – Le pOlau et le Point Haut

Le long de la voie ferré et derrière la gare TGV de Saint-Pierre-des-Corps se hisse entre des entrepôts et des magasins un bâtiment avec un point rouge en hauteur. C’est ici qu’on trouve le Point Haut et le pOlau.

 Le Point Haut est le lieu de résidence d’une célèbre compagnie de théâtre de rue, la Compagnie OFF. Cette compagnie est installé depuis 26 ans sur Tours et depuis 12 ans derrière la gare TGV. Elle est mondialement connue pour ses grands spectacles de rue intégrant toujours plusieurs dizaines de comédiens. De ce travail dans  l’espace public ont émergé des réflexions autour de la lecture de la ville et de l’espace public.

De ces réflexions dirigées par Maud Lefloc’h, urbaniste-scénariste de la compagnie, est né en 2001 le Pôle des arts urbains, le pOlau. De 2002 à 2006, Maud Lefloc’h mène  la Mission Repérage(s) dans 13 villes, organisant la rencontre d’un artiste et d’un élu dans une ville pendant une journée de ballade afin de croiser les regards et d’étudier comment ces deux acteurs de la ville pouvait s’influencer et l’influencer elle dans ses réflexions.

A la suite de ce travail, le pOlau est créé officiellement en 2007, avec le soutien du Ministère de la Culture. Il a pour objet de comprendre comment les aménagements urbains influencent les artistes et comment les artistes influencent la ville et d’encourager ces rapprochements. Il invite pour cela les artistes à entrer dans la production urbaine, à prendre la main dans des logiques de maîtrise d’oeuvre, à partir d’installations ou d’animations temporaires.

Le point haut offre une surface suffisante pour les nombreux acteurs intervenant dans la cie Off

Cet investissement financier du Ministère va permettre de mettre en oeuvre un projet de réhabilitation du lieu, un ancien entrepôt Lessieur, projet en sommeil depuis les années 1990. Ce chantier de rénovation et de construction a duré plus de 18 mois. A une semaine près nous ratons les festivités pour l’inauguration du lieu. Ce chantier a été l’occasion de créer une activité culturelle et artistique durant les travaux avec la volonté de laisser une place pour les usagers et le public. Ont eu lieu par exemple des visites de chantier hebdomadaires  ouvertes à tous, un concert de bruits de chantier, des animations sur la communication entre ouvriers dans le bruit ou encore sur les terres polluées. Tout en utilisant dans la création l’actualité du lieu, la volonté était de renverser en positif les connotations négatives d’un chantier.

La structure, financée à 60% par des fonds publics, est liée au Ministère de la Culture par un cahier des charges assez libre autour des questions sur “la ville dans l’art et l’art dans la ville”. Le pOlau est constitué en association, de manière classique avec président, vice-présidente et trésorière. Il compte 5 salariés permanents au profil en lien avec le monde de l’urbanisme.

Dans ce vaste espace, l’imbrication du pOlau et du Point Haut permet au lieu de proposer différentes activités :

  • résidence d’artistes en phase d’écriture pour préparer des expositions, des spectacles, des répétitions.. bref un lieu de création
  • résidence pour les chercheurs en urbanisme, paysage, architecture… travaillant autour de l’hybridation entre art et ville
  • recherche et développement autour de l’intégration de la création artistique et de ses méthodes dans les aménagements urbains
  • programmation culturelle
  • centre de ressources qui réalise des études pour l’état, des collectivités, des universités… A ce titre le pOlau met en contact les structures en lien avec l’art et structures en lien avec l’aménagement.

Un local important pour le partage, la cantine toute neuve

Comme nous l’a expliqué Pascal, chargé de projets, le pOlau défend une horizontalité dans les projets urbains entre les différentes maîtrises des savoirs. Ils souhaitent faire sortir l’urbanisme des registres techniques afin de faire valoir tout ce qui peut être de la symbolique, l’imaginaire, l’affectif, l’historique des lieux et des habitants. Pour révéler ces autres facettes, l’artiste peut jouer un rôle. Ainsi ils sont persuadés que la création artistique peut permettre de favoriser la participation des habitants, que les méthodes créatives sont utiles pour faire de l’aménagement autrement. L’urbanisme doit faire avec de plus en plus d’acteurs et doit apprendre à travailler à plusieurs. Pour cela il est nécessaire de comprendre et de parler plusieurs langages. Le pOlau se donne comme rôle de les maîtriser et d’être une passerelle entres ces différents métiers et ces différents langages. En revanche, dans leur démarche, la participation des habitants n’est pas systématique. Elle est de fait souvent présente mais n’est pas un angle d’attaque défendu par la structure. Le pOlau peut s’adapter aussi bien à de l’urbanisme classique et vertical, “conventionnel”, comme à de l’urbanisme autogéré, à l’initiative d’habitants et plus horizontal. L’idée reste pour eux à chaque fois la même : utiliser la boîte à outils de l’artiste pour enrichir le projet. Pour autant, ils peuvent refuser des projets pour des questions éthiques, ils souhaitent éviter d’être utilisés comme caution de communication par des collectivités ou des promoteurs.

Ainsi, le pOlau considère que l’art peut être un moyen de rapprocher différents acteurs de l’urbanisme : élus, aménageurs, constructeurs, habitants… Le processus artistique permettrait une meilleure collaboration entre eux. Pour eux, la plupart des groupes qui font de l’urbanisme participatif actuellement utilisent d’ailleurs des techniques qui viennent, consciemment ou non, des pratiques artistiques : mise en récit d’un territoire, photographie, film, scénographie, résidence sur le chantier…

Au passage, un exemple de résidence : des doux dingues qu’on adore, passés en résidence au pOlau pour potasser leurs spectacles : l’ANPU, agence nationale de psychanalyse urbaine. Leur spécialité : mettre les villes sur le divan pour les guérir les leurs névroses, affirmer leur moi et cheminer vers un développement potable. Un exemple court en vidéo de leurs divagations sur la Camargue.

 

 A la suite du pOlau, nous avons été à la rencontre d’une coopérative d’éducation populaire la Scop (Société coopérative et participative) l’Engrenage.

Composée de 3 salariées et 2 coopérateurs non-salariés, cette coopérative revendique des positions politisées, dans une vision marxiste de lutte des classes. Sa démarche part du constat des rapports sociaux de dominations entre les individus. Elle propose différents outils pour libérer l’expression populaire. L’Engrenage croit en l’action collective pour sortir de ces rapports de domination et transformer la société. Pour cela, pour eux il est nécessaire de libérer les imaginaires .

 

La Scop pose des questionnements sur la participation des habitants et la démocratie. Comment outiller les gens à analyser leur environnement et les aider à formuler leur pensée ? Comment limiter les rapports de domination dans les processus institutionnels de participation ? Comment sortir des questions techniques pour avoir des débats de fond, politiques ?

Leurs expériences passées montrent que lors de l’institutionnalisation des pratiques, les libertés et les marges de manoeuvres sont limitées. Il y a donc une nécessité de créer ou de recréer des rapports de force.
L’Engrenage agit toujours sur sollicitation d’associations, de collectifs, de syndicats et quelquefois de collectivités. Elle organise des cycles de (dé)formation, des conférences gesticulées ou encore des ateliers de désintoxication de la langue de bois.

L’histoire de l’Engrenage est intimement liée à la Scop Le Pavé dont quelques tourangeaux sont à l’origine. En 2010, le Pavé souhaite essaimer ses pratiques pour ne pas être implanté qu’en Bretagne. Une antenne est donc créée à Tours sous la forme associative et se transformera en Scop en 2012. Suite à l’auto-dissolution du Pavé fin 2014, l’Engrenage fait partie aujourd’hui d’un réseau de 4 coopératives d’éducation populaire (avec L’Orage à Grenoble, Vent Debout à Toulouse et le Contrepied à Rennes) qui propose un programme de formation.

 

La dynamique portée par l’Engrenage sur Tours est très liée à un festival, Débattons dans les rues, qui a connu 4 éditions à Tours (2005, 2006, 2010, 2011).

Le festival avait pour but la réappropriation des espaces publics et permettait de repenser la ville. Différents groupes ont pu prendre la parole, là où ils ne l’ont pas d’habitude. Le festival assume l’acte politique de modifier notre rapport à l’espace public en laissant libre l’expression. Pendant une dizaine de jours, c’est un fourmillement d’actions et de revendications diverses : spectacles, improvisations, jardins ambulants, projections, débats, vélorution, zone de gratuité… la liste est trop longue! Les photos parlent d’elles-mêmes

Le festival est autogéré et tous les midis la réorganisation du festival était remise à plat. Ce festival a permis à de nombreuse personnes de Tours de se rencontrer et à de nombreux collectifs de se créer par la suite.

Le concept a été diffusé et est réutilisé à Toulouse depuis 2012.

 

Les jardins Saint-Lazare dans le quartier Febvotte à Tours ont retenu notre attention car ils ont fait l’objet d’une mobilisation des jardiniers et des habitants du quartier pour sauver ce poumon vert.

Les jardins ont été aménagés par des cheminots dans les années 1930 sur l’ancienne emprise de la ligne Tours – Les Sables d’Olonnes. Par hasard, en juin 2010, un habitué du quartier s’aperçoit que le futur Plan local d’urbanisme (PLU) de la ville prévoyait la construction de petits collectifs et de maisons de ville à la place des jardins. Ces terrains ont été acquis en 1993 par la ville de Tours à la SNCF. Après l’enquête publique du PLU et malgré les différents avis négatifs autour du projet immobilier sur les jardins, le commissaire enquêteur du PLU ne fait aucune observation négative. En avril 2011 s’organise alors la mobilisation des habitants. Un collectif informel se crée et va défendre le jardin face aux élus et dans le comité de quartier. Face à cette mobilisation, une consultation est alors organisée réunissant 230 réponses dont la grande majorité demande de conserver cet espace et d’aménager des espaces collectifs. Le nombre de réponse dépasse ainsi largement le seul nombre des 20 à 30 jardiniers possédant des parcelles sur le site. En juillet 2011 la lutte porte ses fruits et le projet de construction est abandonné, l’espace vert conservé.

Les jardins font 7500 m² et sont divisés en deux par un chemin. Une clôture ceinture les deux parties mais à l’intérieur, rien ne délimite les parcelles. Le jardin est autogéré mais sans aucune structure, tout se passe de manière informelle, par la convivialité à l’intérieur des clôtures et l’information passée entre jardiniers. Pour pouvoir cultiver dans le jardin, il faut que quelqu’un cède sa parcelle ou un bout de celle-ci. La cooptation et la confiance sont de mise. Par exemple, le jardinier que nous avons rencontré a attendu 2 ans avant de pouvoir s’occuper d’un petit bout de terrain. Pour lui, le jardin fonctionne en “joyeuse anarchie”grâce à la non-délimitation des parcelles. Dans notre échange nous avons tout de même perçu la prégnance de l’entre-soi qui pouvait régner dans cette partie du jardin. Si les barrières sont abolies à l’intérieur du jardin, la frontière avec l’extérieur est, elle, bien marquée. La jardin n’est pas ouvert sur l’extérieur, d’une part par crainte de vol et d’autre part par crainte de dénaturer l’esprit du lieu. Le nouveau projet municipal de transformer une partie des jardins en jardin partagé inquiète d’ailleurs les jardiniers. Le temps ne nous a pas permis de rencontrer d’autres jardiniers.

Ce qui nous est apparu intéressant dans ces jardins, c’est qu’un petit bout de terre dans une ville peut démontrer les limites des mécanismes de concertation que ce soit premièrement par le manque de connaissance du site, jugé abandonné dans le diagnostic du PLU, l’enquête publique sur le PLU lacunaire, la surdité voire le déni lors de la concertation face aux interventions d’habitants et de jardiniers en conseil de quartier, et pour finir après l’abandon du projet initial une communication municipale qui s’auto-félicite de la qualité de la concertation.

En lien avec ce jardin, nous avons aussi visité une exposition d’art contemporain de 6 étudiants de l’école des Beaux-Arts de Tours. Une des oeuvres nous a particulièrement plu. Un étudiant a voulu activer la mémoire du quartier et du jardin en proposant aux habitants des rues alentours de renvoyer une carte postale déjà affranchie avec au dos leurs souvenirs ou anecdotes. Au recto, l’étudiant a transformé une image prise dans le jardin en la modifiant tout en conservant un ou des éléments reconnaissables.

 

Lors de notre séjour à Tours, nous sommes aussi passés par un atelier d’auto-réparation de vélo fort sympathique, Roulement à Bill et du bar associatif Chez Collette pour une rencontre avec Florence, une des souscriptrices à notre campagne de financement participatif. Mais nous en reparlerons en vous présentant d’autres initiatives du même type lors de prochaines étapes.

Et pour finir, puisqu’on ne l’a pas encore dit ici, un grand merci à Viviane et Philippe pour leur accueil royal et les tuyaux vélocipèdiques !

Signet.

A Bruxelles, nous avons rencontré l’association belge Periferia, fondée il y a un peu moins de 20 ans. Son nom vient du mot périphérie en portugais, là où se confrontent les plus grandes différences. Depuis plus de 15 ans, Periferia s’échine avec inventivité à faire participer le plus grand nombre et la plus grande diversité, dans un esprit de capacitation citoyenne et d’éducation permanente.

 

Periferia a été fondé en 1998 par Patrick Bodart suite à un voyage à Fortaleza, au Brésil. Dans ce voyage inspirant, il découvre et est convaincu par la pédagogie du brésilien Paulo Freire. Dans sa pédagogie des opprimés, Paulo Freire souhaite replacer l’être humain au centre de tout processus de transformation à condition d’être en contact et en capacité d’échanger avec le reste du monde. Cette pédagogie ne fonctionne pas comme une recette. C’est un mouvement, une démarche de conscientisation où l’éducateur apprend autant de ses élèves qu’il leur apporte. Une éducation où les opprimés deviennent pédagogues pour eux-mêmes autant que pour ceux qui les « enseignent ».

« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble, par l’intermédiaire du monde. » Paulo Freire

Sa pédagogie s’oppose à la conception bancaire de l’éducation où l’enseignant déverse un « dépôt » dans l’esprit de ses élèves à restituer à la fin. Même si cette pensée s’est développée dans un pays marqué par le colonialisme et la dictature, elle questionne nos rapports aux autres et notre système éducatif.

 

Le socle de leur intervention, les ateliers de quartier

Ils se montent en fonction de sollicitations, d’opportunités, de financement et d’appels à projet pour intervenir dans un quartier, souvent un quartier touché par un processus de rénovation urbaine. Lors de ces interventions, ils mettent un point d’honneur à valoriser les énergies et les intelligences collectives déjà présentes dans le quartier. Ils accordent aussi une grande importance à mettre les différents acteurs (habitants, élus, techniciens, associations…) ensemble autour de la table, avec le souci de rééquilibrer les pouvoirs.
En dehors de ce socle commun de valeurs, leur credo est de ne jamais arriver avec une méthode toute faite, leur approche est contextuelle. A chaque quartier son contexte humain, politique, associatif, urbanistique, qui définit leur approche et leurs méthodes. Pour Periferia, toute parole est bonne à entendre. On a besoin des grincheux, car sans eux le débat n’avance pas. La discussion a toujours besoin d’oppositions, de conflits pour déboucher sur autre chose qu’un consensus mou.
Mais aujourd’hui, Periferia s’interroge sur la poursuite de cette activité à la suite de différentes expériences plus ou moins heureuse. Un document qu’ils ont produit parle de ces expériences, de la légitimité des dispositifs participatifs et de leur légitimité à agir en tant qu’animateurs. Parmi ces questionnements pertinents, en pagaille : un processus de coproduction qui ne comprendra toujours qu’une fraction de la population est-il légitime pour prendre ou influencer les décision ? Est-ce légitime de définir un espace de vie avec les riverains sans les futurs occupants ? comment gérer la confiscation de la participation par un groupe d’intérêt ? Certaines voix sont-elles plus légitimes que d’autres ? Comment considérer ceux qui ne participent que lorsque leurs intérêts personnels sont menacés ? Quelle place pour les voix et avis des non-participants ?

 

image Periferia

 

 

L’éducation permanente (ou éducation populaire en France)

Reconnus comme organisation d’éducation permanente par le Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles et soutenus à ce titre par des subsides (subventions), ils publient différents ouvrages à but pédagogique. Ces publications leur permettent de diffuser des textes de fond ou de vraies boîtes à outils pour tous sur les questions de la participation, des budgets participatifs, le Community Land Trust… Mais le changement politique récent, et l’arrivée au pouvoir des conservateurs au niveau fédéral (national) change la donne avec de nombreuses coupes budgétaires.
On peut retrouver sur leur site internet l’ensemble des très riches publications réalisées dont les dernières, parues fin juin portent sur la mobilisation, sur les conditions d’une réelle liberté de participer et sur l’animation d’espaces de participation.

 

Capacitation Citoyenne

Cette démarche existe depuis 2000 et cherche à mettre en avant les énergie présentes localement et les faire se rencontrer afin de les renforcer. Ce projet a été développé principalement par des groupes belges et français mais aussi par quelques brésiliens et sénégalais qui développent ensemble des actions collectives pour améliorer les conditions de vie sur leur territoire. Ni une marque déposée, ni un réseau fermé, c’est un programme d’actions et d’échanges qu’une centaine de collectifs et de structures de tous horizons font vivre de manière ouverte. Periferia et les anciens membres des « arpenteurs » animent ce réseau, dans une posture non pas de transmetteur mais de haut-parleur.

Une Karavane de Capacitation Citoyenne à Roubaix en 2011 source leblog2roubaix.com

La capacitation, c’est la mise en valeur des capacités des participants, elle place à la fois l’individu et le groupe au centre de la démarche, non seulement comme acteurs de leurs propres changements, mais aussi de la transformation de leur environnement. L’idée est que, par le collectif, on peut conforter et révéler des compétences utiles à soi et au collectif. « C’est comprendre les raisons de sa situation pour mieux pouvoir la faire évoluer avec d’autres. » (Réseau Capacitation citoyenne)

Les processus de capacitation sont aussi l’occasion pour les participants de devenir chercheurs et de se questionner eux-mêmes sur leurs pratiques.

Concrètement, plusieurs fois par an, des collectifs se réunissent pour échanger sur un thème : droit au logement, santé, mobilisation… ou pour décider des orientations du programme. Ces moments permettent à tous de se rencontrer et de faire le point sur sa démarche avec des personnes aux points de vues différents.

Capacitation citoyenne a développé, avec ses livrets, un cadre réappropriable pour toutes les expériences de capacitation de compilation et restitution du processus et des changements opérés. “Élaboré collectivement par les groupes qui le souhaitent, le livret raconte le groupe, son parcours, ses actions, son combat, ses façons de faire, réflexions, ses doutes parfois. C’est une forme d’auto-évaluation collective qui vise à mettre en relief les capacités citoyennes mobilisées par les personnes impliquées dans le projet.” Objet plébiscité par les groupes et collectifs  qui en reçoivent chacun 100 exemplaires, ce type de production et le cheminement qui y conduit soudent davantage les personnes impliquées dans les projets. Le récit collectif cimente une identité commune, une légende se crée et se diffuse aisément localement et au-delà par l’échange de livrets.

Témoignages, photos, divergences, manifestes… autant de contenu vécu, sensible qui font de ces objets de véritables petites mines d’or. Plus de 80 livrets aujourd’hui que l’on retrouve à disposition sur le site de capacitation citoyennes
Très simple à produire mais tellement porteurs, les livrets participent aussi à la création d’une culture des précédents, traces que d’autres groupes pourront utiliser à leur profit, histoire de ne pas réinventer la poudre à chaque mobilisation collective.

Le réseau capacitation citoyenne use aussi des “Karavane” dans l’espace public, lieux d’interpellation sur un sujet et d’expression libre, prenant la forme de micros ouverts ou du dispositif “silence, on parle !” où le groupe est filmé  prenant la parole avec une déclaration, un sketch, une chanson… pour ouvrir le débat

C’est aussi encore une fois l’occasion d’essaimer auprès de tous ou d’écrire de manière collective des livrets ou feuilles.


Karavane de Liège 22/09/2010 – Echangeons nos…par periferia

Toute la force des démarches des acteurs du réseau Capacitation Citoyenne, Periferia et Arpenteurs en tête, est de permettre à ceux qu’on entend peu ou qu’on ne voit pas dans l’espace public d’avoir une visibilité et de libérer leur expression pour qu’ils puissent peser dans le débat public. Qu’ils puissent se raconter eux-mêmes pour arriver à communiquer leurs capacités à d’autres sans se voir juger par des conceptions toutes faites. C’est pour cela que Capacitation Citoyenne n’est pas vu comme un espace de formation (qui pourrait induire un apport de connaissance par le haut), comme s’il fallait retourner à l’école pour être citoyen, qu’on en et peut-être pas encore digne. Ils ont la conviction que le sentiment de ne pas être écouté est un des plus gros blocages de l’implication citoyenne.

 

Capacitation VS Empowerment

Le choix du mot capacitation par Periferia vient de l’idée que par le collectif, on peut révéler et conforter des compétences que l’on porte en soi. Le groupe et l’individu sont au centre de la démarche, comme acteurs de leur propre transformation. Comme la notion voisine de pouvoir d’agir, la capacitation a pour objet de faire avancer le groupe pour faire avancer ses membres, rejoignant des conceptions proches de celles de Saul Alinski et de son community organizing.

A l’inverse, depuis quelques années, un mot est de plus en plus utilisé et notamment du côté institutionnel, celui d’empowerment, qui n’a pas de véritable traduction en français. Il est souvent repris à tort et à travers dans de nombreux documents ou travaux, en nous faisant oublier son origine et son sens. Comme le montrent les travaux de Marie-Hélène Bacqué, le terme trouve son origine dans les mouvements d’émancipation des noirs aux Etats-Unis, elle est apparue dans le vocabulaire des praticiens et chercheures féministes travaillant dans le secteur du développement international au cours des années 1980 avant d’être récupéré par la rhétorique libérale dans une approche centrée sur l’individu comme acteur rationnel capable de faire des choix intentionnels et efficaces, valorisant l’esprit d’entreprise et la propriété privée. Mais au final, quel pouvoir est donné aux personnes dans un processus d’empowerment, jusqu’à quel niveau, quelle est leur légitimité à s’exprimer.. Comme le souligne Pascal Nicolas-Le-Strat dans sa brocuhure à ce sujet , la notion reste floue dans sa traduction et donc dans la manière dont nous pouvons l’appréhender. Au final, l’empowerment serait un processus centré sur la personne qui n’inclue pas nécessairement une notion d’action collective. Il fait oublier contre quoi on reprend du pouvoir, la dimension transformation sociale collective disparaît. Devenue aussi désormais technique classique de management, l’empowerment est désormais indissociable des logiques libérales visant les citoyens à  se débrouiller par eux-mêmes, sans l’aide de l’institution publique et sans nécessairement les autres.
Attention donc au sens des mots quand plusieurs publics manient le même.

 

Conclusion

Nous avons beaucoup appris lors dans notre échange avec Periferia et dans la lecture de leur production. Comme avec ATD-Quart monde, ils montrent qu’il est possible de faire participer tout le monde et en particulier de faire la ville avec tous. Ce qu’ils démontrent par leurs actions c’est qu’avec l’intelligence collective on peut aller à plusieurs beaucoup plus loin que tout seul.

Par leurs valeurs et leurs actions Periferia s’insère comme facilitateur dans la transformation de la société et des pouvoirs comme ils le revendiquent.

Rééquilibrer les pouvoirs d’influence, concevoir et animer des démarches de coproduction, mettre en place un vrai processus de participation, faciliter le dialogue entre habitants et pouvoirs publics ou permettre l’expression de leurs tensions, cela exige-t-il l’intervention d’experts ?

Dans leurs interventions rien n’est figé, le mouvement permanent permet de sortir du méthodologisme à outrance et être dans l’action. Cela passe aussi par chercher à accompagner dans la durée pour que les personnes gèrent en autonomie leur groupe ou même des espaces.

Lors de notre passage en juin 2015, Periferia se posait de nombreuses questions sur le sens de leur démarche, de l’impact de celles-ci. Les importantes coupes budgétaire décidées par le nouveau gouvernement impactent directement leurs activités. Après presque 20 ans d’existence, ils se demandent s’ils sont toujours porteurs de transformations, une force de changement ou non, remettent en cause leur légitimité à intervenir là où ils ne vivent pas, comme agent extérieur, si les dynamiques collectives qu’ils forment sont suffisamment pérennes. Ils connaissent une forme d’épuisement par l’énergie dépensée tout au long de ces années. Malgré leurs motivations et leur travail, cette activité reste aussi peu rémunératrice. Ils arrivent donc à une étape, peut être la fin d’un cycle. Nous allons suivre avec attention la suite.


Pour aller plus loin

Signet.

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